Friday, May 08, 2015

QUELQUES POINTS SUR LES "i"

Je me manifeste rarement sur mon blog car l’essentiel est dans mes romans. Et puis j’ai la sensation ici de lancer un message qui va vite être englouti dans une mer numérique. Je suis aussi conscient que le texte ci-dessous sera moins consulté qu’une vidéo débile sur YouTube ou qu’un selfie sur Twitter. Mais si ce n’était pas le cas, ce que je vous dis ici n’aurait plus aucun sens.



J’ai choisi d’intervenir sur ce blog aujourd’hui à l’occasion de la sortie de La Porte du Messie chez Pocket, soit un an après la publication du roman au Cherche Midi. Histoire de mettre quelques points sur les « i ». Les médias ont peu parlé de La Porte du Messie  malgré l’éclairage inédit voire révolutionnaire qu’il apportait sur notre pauvre humanité. Mais parallèlement à cette omerta médiatique, un bouche-à-oreille très favorable a permis au livre de circuler entre les mains, nombreuses, de ceux qui voulaient savoir. Depuis Le Dernier testament qui date déjà de dix ans, je m’efforce en effet de démonter le monde dans lequel nous vivons pour en révéler le fonctionnement sous la forme de romans. Pourquoi des romans ? Parce que depuis Aristote, l’art joue le rôle de catharsis. Il est la meilleure arme pour corriger notre regard altéré par les habitudes et les conventions. Et Dieu sait combien nous avons besoin d’y voir plus clair ! Car aujourd’hui, nous vivons dans un monde de fiction que nous prenons pour la réalité, administré par des gens que nous ne connaissons pas et par une technologie tentaculaire de plus en plus intrusive et sophistiquée qui a remplacé les facultés humaines et surpassé les interactions sociales. Pour faire simple tout en rendant hommage au chef-d’œuvre des Wachowski, on appellera « la matrice » ce monde qui nous a asservis. Les signes qui attestent que nous en sommes les serfs sont pléthores. Nous sommes revenus au temps de la caverne selon Platon, enchaînés, esclaves, avec des œillères, dos à la réalité. Pire,  nous sommes devenus, comme le craignait Einstein, une génération de cons.
En voici au moins 27 preuves. 

1. Nous sommes tous dépendants d’un appareil qu’on appelle ironiquement un smartphone. Il envoie en permanence des données à la matrice. Il mémorise nos souvenirs, programme notre vie, nous oriente, répond à toutes nos questions. Il est l’interface entre le monde réel et nous. Il nous empêche de voir la vérité en face. Levez les yeux de votre propre écran et regardez les gens autour de vous, dans la rue, dans les transports en commun, au restaurant, au cinéma, dans les jardins publics ou à la plage. Ils sont tous connectés à la matrice. Ils ne voient pas la réalité autour d’eux, mais celle qui est renvoyée sur leurs écrans. Ils retournent parfois leur appareil sur le monde mais principalement pour se prendre en photo.  

2. Nous travaillons pour des maîtres cyniques que nous ne voyons jamais : multinationales, fisc, banques et organismes d’Etat qui redistribuent nos revenus à des gens que nous détestons.

3. Nous travaillons durement pour nous payer des objets dont nous n’avons pas besoin, que nous n’avons pas les moyens d’acheter et qui nous rendent esclaves des organismes de crédit.

4. Nos vacances saisonnières ressemblent aux transhumances. La différence est que le bétail, lui, ne paye pas pour ça.

5. Nous votons pour différents partis politiques qui appliquent le même programme lorsqu’ils arrivent au pouvoir. Nous croyons ainsi cautionner une démocratie alors que ce multipartisme de façade sert au contraire à diviser les électeurs pour permettre à la matrice de régner et d’empêcher le peuple de s’unir contre elle. 

6. Nous prenons pour la réalité ce que nous voyons à la télévision alors que tout y est scénarisé, joué, filmé, codifié pour déclencher des stimuli chez les téléspectateurs.

7. Nous nous croyons libres alors que nous nous plions à une multitude de règles, de lois, de normes, de codes, d’obligations et d’interdictions dès que nous mettons un pied dehors.

8. Nous nous croyons fraternels tout en restant indifférent au sort de nos frères de sang, de religion ou de race.

9. Nous nous croyons égaux dans une société hyper hiérarchisée par la préséance, les  privilèges et l’argent.

10. Nous refusons de nous défendre nous-même depuis que nous avons confié cette tache à des inconnus peu concernés et souvent peu compétents, mandatés par les autorités.

11. Nous continuons à croire les médias d’informations qui ont été créés pour façonner l’opinion publique.

12. Le sport à la télévision nous préoccupe plus que la dégradation alarmante de notre environnement.

13. Nous qualifions de « partis écologistes » des partis qui ne défendent pas l’environnement.

14. Nous nous indignons et nous défilons lorsque tout le monde s’indigne et défile. Nous ne bronchons pas quand personne ne bronche.

15. Nous nous réjouissons quand on nous dit de nous réjouir.

16. Nous nous divertissons comme des enfants.

17. Nous consommons jusqu’à la dépendance les drogues des laboratoires pharmaceutiques en croyant que nous vivrons mieux physiquement et mentalement.

18. Nous ne nous intéressons qu’aux gens qui sont déjà célèbres. Pour faire connaître quelqu’un qui n’est pas encore connu, la matrice dit qu’il est célèbre. Ce qui est inconnu ne nous intéresse pas et peut même faire peur.

19. Le jour où dans la liste des best-sellers, on verra apparaître une œuvre non conventionnelle et non approuvée par la matrice, cela signifiera que les rangs de la résistance auront grossi et qu’il reste un espoir. Pas avant.

20. Nous nous ruons vers les salles de cinéma qui ne proposent plus que des films de super héros, des dessins animés, des films d’époque ou des comédies. On ne doit pas montrer le monde réel. La France s’est même spécialisée dans les comédies bien-pensantes. Les acteurs, les scénaristes et les réalisateurs y sont de plus en plus remplacés par des gens issus de la télévision et donc de la matrice. « Riez gentiment pour ne plus penser à votre vie de merde » est la devise d’un cinéma qui n’a plus rien à voir avec un art.    

21. Ce qui atterrit dans nos assiettes n’est pas ce que nous croyons. Quand il y a un emballage, nous pouvons lire la liste des ingrédients que nous mettons dans notre corps même si pour certains de ces composants nous ignorons à quoi ils font référence. Mais en ce qui concerne les fruits et légumes gorgés de pesticides, les mollusques au cadmium, les poissons plein de plomb et les viandes saturées d’antibiotiques, rien n’indique ce que vous avalez exactement.

22. Nous croyons que les people dans les magazines sont de vraies personnes. 

23. Nous idolâtrons des sportifs qui ont le Q.I. d’une huître et nous vénérons des idiots parce qu’il passent à la télé.

24. Nous nous habillons, nous fardons et nous parons avec des produits testés sur des animaux ou fabriqués par des esclaves plus jeunes et plus maltraités que nous à l’autre bout du monde.

25. Qui autour de vous a déjà défendu une vision des choses inédite ?

26. Nous ne remettons rien en question, ni les acquis, ni l’histoire, ni les croyances. Remettre  en cause une conception du monde, une croyance religieuse ou une certitude scientifique inculquée depuis l’enfance est biologiquement impossible. Une telle décision supposerait d’interrompre des milliards de connexions synaptiques dans notre cerveau pour en créer des milliards de nouvelles. Cela représenterait une trop grande dépense énergétique qui irait à l’encontre de notre instinct de survie.

27. Nous ne verrons pas ce genre d’article dans les colonnes d’un journal. Car les journaux préfèrent détourner notre attention de la vérité avec un fait divers digne d’un polar à la con, nous endormir avec des promesses de politiciens, nous abêtir avec des nouvelles sportives ou encore nous inhiber avec les malheurs du monde face auxquels nous demeurons impuissants.

J’arrête ici la liste mais je pourrais continuer. Dans ce contexte, on comprendra aisément pourquoi les médias n’ont pas souhaité parler de La Porte du Messie qui remettait en question les milliards de connexions synaptiques dans les cerveaux de milliards de personnes. Je continue néanmoins mon travail de sape contre la matrice. Dans mon prochain roman dont je viens de remettre le manuscrit à mon éditeur, j’éradique plus largement et plus radicalement nos croyances. Car elles touchent cette fois à toutes les religions et civilisations. La moitié de la population mondiale sera directement concernée. Il me tarde de glisser le livre discrètement entre les mains de ceux qui veulent encore résister à la matrice.

Allez, je poste ce message et je vais m’écouter un bon vieux Led Zeppelin que la matrice n’a pas réussi à effacer de nos mémoires.  

4 Comments:

Blogger Nathalie Veneau said...

Cher Philip,

J’ai lu, analysé, digéré, et puisque tes mots s’accrochaient à mon esprit, j’écris.
Ce qui m’interpelle finalement c’est le génie visionnaire des frères Wachowski dont j’ai admiré le travail dès « Bound ».
Sur ce point je te rejoins : nous baignons dans « la matrice ».
Attention, certains s’en accommodent très bien d’ailleurs. Il ne faut rien condamner, et imposer une pensée unique, mais encourager à une pensée propre en harmonie avec soi.

Cependant, tu connais mon discours, je tiens à dire que je rencontre encore des gens qui se parlent, font attention parfois aux SDF qui crèvent de faim dans la rue et leur tendent à manger ou à boire. Je rencontre aussi des gens qui lisent !! Qui s’intéressent aux films d’Hitchcock et non aux Avengers ! Des gens qui remarquent et contemplent le feuillage d’un arbre, les reflets dorés du soleil sur l’onde d’un lac.
Chaque jour je bâtis mon monde autour de moi, un monde en dehors de la « matrice ».
Je milite pour la joie, le bien être intérieur, contre le stress, contre la souffrance et la mélancolie !
Peut-être que ma philosophie, mon idéalisation de l’existence s’apparente à de l’inconscience ou un refus du réel. Car j’essaye de transcender le quotidien, de déceler le bien et la joie en toutes choses.
C’est ma personnalité, mon moyen de survie, ma force.

Alors oui nous sommes devenus une génération de cons, abrutis par des écrans auxquels on fait confiance, et dont on est parfois esclave.
Mais comme je te l’ai écris tantôt, il y aura toujours un sage, un guide qui montrera que le chemin est ailleurs !
Car la vie c’est les gens.
Je crois sincèrement que tout le génie de l’Homme réside dans sa capacité à créer.
Mais peut-être sommes-nous arrivés au point de non retour, où l’humanité ne peut que créer une destruction massive de l’esprit, et de l’imagination.
Je refuse ardemment de le croire !
Alors oui je suis choquée quand dans la salle d’attente du médecin, dans le métro (ou même au RESTAURANT !) les enfants à partir de 2 ans demandent à leurs parents de leur prêter leur téléphone ou leur tablette pour JOUER ! Mettre un enfant devant un écran c’est plus facile : vous ne l’éduquer pas, trop pénible, trop d’énergie dépensée.
Parce que nous devenons faignants : on ne prend plus soin de son corps, donc de son esprit.
Les gens dont le pouvoir d’achat est réduit ne peuvent malheureusement pas s’acheter un poulet fermier ou un poisson sans plomb à chaque fois qu’ils le désirent.
Que faire alors ?
Je me suis souvent imaginer un pays tout entier qui un matin se soulèverait en refusant d’aller travailler pour gagner de l’argent, en paralysant tout.
Plus de grands magasins, plus de transports, plus d’émission de télé réalité inutiles, mais aussi plus de boulangerie…. Et les gens pour s’en sortir seraient obligés de communiquer ! On adopterait un autre moyen de se procurer le minimum vital, car l’être humain a besoin de peu finalement mais ça on nous le cache de plus en plus.
Que se passerait-il vraiment ? Une peur massive s’installerait car comme tu le dis, ça inclurait une toute nouvelle connexion synaptique de milliers de gens !
Mais peut-être que la fraternité entre les êtres réapparaîtrait, et que nous redeviendrions à nouveau une civilisation.

Cher Philip, merci en tout cas de contribuer à la santé de mon cerveau, et au bon fonctionnement de mes connexions synaptiques.
Ton discours doit être entendu et sans aller dans les extrêmes, la question que tout être doit se poser à présent est : ai-je envie de devenir un mouton lobotomisé ou un Bouddha ?

Nathalie.

5:27 AM  
Blogger Philip Le Roy said...

Quelle magnifique commentaire Nathalie!
Un beau texte tout empreint de résistance et de sensibilité. Tu rêves d'un pays qui serait en éveil? Je crois l'avoir trouvé. Il est dans mon prochain roman. Et compte tenu de ce que tu viens d'écrire, tu vas être obligée d'y figurer.

Philip

3:15 AM  
Anonymous Nathalie said...

Cher Philip,

Ce serait un grand honneur et une immense joie de figurer dans ton prochain roman.
J’ai hâte de l’avoir entre mes mains …

Nathalie.

8:42 AM  
Anonymous Anonymous said...

L'humanité nous fait une prise de conscience spirituelle cosmique version New âge comme un phénomène de mode qui passera, et quand on peut développer et alimenter son discernement, je suis une rare et vraie médium à ne pas s'entendre avec ses pairs, je pense qu'il est important de nourrir une curiosité intellectuelle plutôt qu'un ego démesuré. Votre livre suit logiquement tout ce dont je me nourris en auto didacte et je suis catastrophee de constater qu'il n'y a eu aucune suite médiatique à votre roman. Il mérite un large développement.....

2:02 AM  

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