Wednesday, October 17, 2007

JASON BOURNE




La trilogie Jason Bourne au cinéma fait partie du genre que je qualifierais de « thriller d’action planétaire ». Un genre occupé par un autre JB, Bond, James Bond, et par Tom Cruise alias Ethan Hunt. Pour que le résultat soit à la hauteur du genre, il faut mêler quatre ingrédients : une production ambitieuse capable de tourner aux quatre coins du globe (ce qui, géométriquement, est déjà une prouesse !), un scénario au cordeau pour que les pièces du puzzle s’emboîtent impeccablement, un personnage fort incarné par un acteur totalement imprégné, et une mise en scène qui embarque les spectateurs en supersonique quand les autres films roulent en TER.
Dans les James Bond, le puzzle n’a généralement que dix pièces et le supersonique est sur pilotage automatique (à part le dernier Casino Royale). Le personnage et son interprétation y sont généralement aussi crédibles que Nicole Kidman en Marilyn Monroe.
Dans les Mission Impossible, le puzzle a plus de pièces, le personnage y est moins caricatural mais complètement écrasé par un Tom Cruise producteur. La mise en scène atteint des sommets de virtuosité, mais c’est un peu comme la Patrouille de France. Ça va vite, c’est beau, mais ça tourne en rond.
La Vengeance dans la peau, encore plus que ses deux précédents volets, touche à la perfection (si, si, la perfection existe en art, voyez les films de David Fincher). Là, la production Kennedy/Marshall quadrille la planète, New York, Londres, Madrid, Tanger, Paris, Moscou, sans lésiner sur les décors, ni les moyens. Le scénario, adapté de la géniale trilogie romanesque de Robert Ludlum, est réactualisé pour être en phase avec la géopolitique mondiale contemporaine par Tony Gilroy. Ici, on ne prend pas le spectateur pour un con consommateur de pop-corn. Le personnage de Jason Bourne est à la fois humain et indestructible. Humain parce qu’il est magnifiquement incarné par un Matt Damon tout en introspection et en extension (les regards qu’il lance à Nikki dans le film valent les meilleurs dialogues). Indestructible comme James Bond et Ethan Hunt, mais avec beaucoup plus de crédibilité puisqu’il a suivi un entraînement spécial qui fait d’ailleurs l’objet de sa quête. On s’identifie d’autant plus au personnage qu’il est à la fois victime et amnésique (l’une des caractéristiques du thriller par rapport au polar ou au film policier étant de raconter l’histoire du point de vue de la victime et non de l’enquêteur ou des truands). Et enfin, le meilleur pour la fin, la mise en scène de Paul Greengrass qui filme Scope à l’épaule des scènes comme jaillies du cerveau dérangé de Bourne, des scènes comme on a jamais vu. J’en citerai juste trois. Celle où Bourne se fritte avec un tueur à Tanger nous donne carrément l’impression qu’on participe à la baston. Celle où il se défenestre, mais en sens inverse, nous arrache de notre fauteuil. Celle où il est pris en chasse dans les rues de Manhattan nous fait chercher la ceinture de sécurité sur notre siège.
A la différence de Bond qui fait dans l’exotisme ou de Hunt qui fait dans l’impossible, Bourne fait dans le crédible en repoussant les limites du réalisme. Bourne n’est pas un surhomme, il est juste entraîné, conditionné pour faire ce qu’il fait à l’écran. Il a une technique.
Je ne conseille pas évidemment ce film à ceux qui attendent le Cœur des Hommes 2 avec impatience. Mais aux autres, à ceux qui préfèrent le cinéma « montagnes russes » au cinéma « pédalo », à ceux qui aiment tourner les pages de mes romans. Courez aussi vite que Jason Bourne pour voir ce film avant qu’il ne se transforme en DVD. Personnellement, je n’ai pas avalé un seul pop-corn mais j’ai bouffé tous mes ongles !

4 Comments:

Blogger Olivier said...

Decidement le retour de vacances est benefique pour ce blog !

Personnellement, j'ai drolement accroché aussi, mais la scène qui m'a réellement scotché est celle à waterloo station : longue, intense, précise, l'heureux specateur est plongé dans l'action comme jamais bref réalisé par un virtuose de la caméra, ya pas a dire : Greengrass est décidement très doué.

Bourne étant un personnage récurent des romans de Ludlum, le parallèle est rapidement réalisé avec vous et Nathan Love. Cela doit vous donner sacrement envie que votre personnage de Nathan Love soit mis en scène par un réalisateur de la trempe de Greengrass ;)

3:38 AM  
Blogger Philip Le Roy said...

Paul Greengrass, ce serait classe! Mais qui pour interprêter Nathan Love? That is the question...

11:26 AM  
Blogger Olivier said...

Christian Bale ! ( revons ... )

2:30 AM  
Blogger Philip Le Roy said...

Bale, ce serait trop de la balle! Et avec Monica Belluci dans le rôle de Carla, non? Là, cela ne relève plus du rêve, mais du fantasme, je crois.

4:03 AM  

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