Thursday, September 04, 2008

HOLA


Me voilà de retour en France, juste à temps pour la rentrée scolaire de ma fille, au terme d'un long périple en Andalousie. Retour à Vence, après une plongée dans une culture située à plus de 1500 kilomètres d'ici, où les sons, les odeurs, les couleurs, les goûts sont bien différents. Preuve, s’il en fallait, que la globalisation supranationale ne peut pas tout uniformiser.

Ces sensations particulières que je rapporte émailleront sûrement les pages d’un prochain roman.
Bien que située dans le même fuseau horaire que la France ou la Belgique, l’Espagne vit en décalage. On y dîne à 22h et l’on se couche à l’aube. On dort l’après-midi et on lève les rideaux de fer des boutiques vers 17h. Les odeurs sont celles de l’huile d’olive et des eaux de toilette dont s’aspergent les Andalous, celles des sardines grillées et de la bouse des chevaux qui tirent les calèches à touristes. La stridulation électrique des cigales imite le grésillement des lignes à haute tension, tandis que les véhicules de polices copient le hululement des sirènes américaines. La lumière aveuglante force les paupières à se plisser sur les villages accrochés aux relief des sierras, véritables coulées blanches dégringolant vers les rivages de la Costa Del Sol ou de la Costa Tropical. La chaleur d’août y est celle d’un désert. D’ailleurs, il y en a un, celui de Tabernas, le seul de ce type en Europe, jadis foulé par Clint Eastwood et qui servit de décor aux chefs-d’œuvre de Sergio Leone. Villes et villages se recroquevillent sous la chaleur sèche et écrasante, faisant naître la fraîcheur dans la pénombre des ruelles étroites ou la faisant jaillir du son cristallin des fontaines qui ornent les patios. La cuisine y est une ronde joyeuse. J’ai encore sur le palais la saveur des tapas arrosés de bière San Miguel, poivrons grillés, mérou à la plancha, beignets de calamars, aubergines frites, solemillo au whisky…

N’étant pas un amateur de traditions, encore moins de tauromachie ou de flamenco, je me suis penché sur l’histoire d'Al-Andalous, sacrément riche. Une histoire qui donne des leçons. Au huitième siècle, les taliban n’existaient pas, ni Paris-Match pour leur servir d'attaché de presse, et la civilisation musulmane fit de l’Andalousie la région la plus florissante, la plus dynamique, la plus raffinée de l’Occident, au point d’instaurer un califat à Cordoue. « La merveilleuse civilisation Maure d’Espagne » écrivit Nietzsche. C’était il y a bien longtemps comme on dit dans les contes. C’était avant la conquête de l’Andalousie par les rois catholiques, avant l’inquisition forcenée, avant l’islamisation rampante.
Si vous allez à Grenade et craignez les hordes de fantassins en pantacourts armés d'appareils numériques et lancés en formations serrées à l’assaut de l’Alhambra, voici un petit conseil : montez dans la quartier de l’Albaicin, véritable cœur de Grenade, jusqu’à la place San Nicolas et entrez dans le jardin de la Mezquita Maya. Vous y serez probablement seul, avec la plus belle vue sur l’Alhambra et le Generalife.

Au cours de mon périple, mes yeux se posaient parfois sur la une d’un quotidien français coincé dans un tourniquet de marchands de journaux. On y parlait de rentrée littéraire, photos de Nothomb et d’Angot à l’appui. Cela ne m’a pas donné envie de rentrer. J’ai relu Manuel Vazquez Montalban à l’ombre d’un oranger. J’étais bien.

7 Comments:

Blogger pampa said...

generalement les gens heureux
m'enervent
mais là je suis content pour vous

bonne rentrée

butch for the future unwalkers

mes salutations les plus cordiales

4:30 AM  
Blogger Philip Le Roy said...

Merci Pampa, mais je te rassure, la rentrée c'était moins la joie: garagiste, ordinateur en panne, banque, paperasse, factures, rentrée scolaire, fournitures, courses... bref le quotidien qui ne rend pas heureux et dont je n'aimerais pas faire un roman contrairement à d'autres auteurs. Dans ces cas-là, je fais comme Confucius: j'essaie d'extraire la joie qui existe en toute chose.
Hasta luego amigo

3:00 PM  
Blogger pampa said...

je ne sais plus qui disait cette phrase
wolinski ou reiser" les gens heureux m'enmerdent"
content d'avoir de vos nouvelles

votre texte sur l'andalousie est impecable et rend à la civilisation musulmane sa place

go on

11:42 PM  
Blogger Philip Le Roy said...

En ce qui me concerne, c'est plutôt la ballade des gens heureux chantée par Lenormand qui m'emmerde. Sinon, je n'ai rien contre le bonheur qui est quand même le truc le plus difficile à choper, encore plus que le pognon ou la gloire. Je crois que c'est une particularité bien française (Wolinski et Reiser incarnant à merveille le français moyen)de ne pas être heureux car, comme le disait Lao-Tseu, "pour être content, il faut savoir se contenter", chose que le Français râleur ne sait pas faire.
Hasta pronto amigo

1:18 AM  
Blogger pampa said...

j'echange 15 kg de bonheur contre de la sérénité
ou contre le dernier acdc "black ice

à plus tard

2:04 AM  
Blogger Philip Le Roy said...

Tu peux mettre plus de 15 kg car il y a du lourd qui nous arrive dans les oreilles en ce moment, non seulement AC/DC mais aussi Metallica qui nous sort un "Death Magnetic" des familles et Motörhead qui fait pêter les enceintes avec son "Motörizer". Pas très zen tout ça mais beaucoup de bonheur.
Rock&roll to you, man!

5:30 AM  
Blogger pampa said...

une rentree metallique

yes
yeahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh

et la rentree leroy c'est pour janvier 2009
pftttttttttttttttttttttt

12:01 AM  

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